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Burnout : vouloir tout envoyer valser, c'est normal, même si...

Quand en plein burnout, j'ai commencé à discuter enfin honnêtement avec ma coach de la seule chose que je me voyais faire dans un après, j'ai eu peur. Car j'ai dit : "Je n'ai qu'une envie, c'est me terrer au fond de ma cave et faire de la poterie."


Bien sûr que c'était extrême. C'est l'état même du burnout. Bien sûr que c'était irréaliste, et même peu propice à ma guérison. Mais voilà, presque 4 ans plus tard, je suis sortie de ma cave pour ouvrir mon atelier, pas loin de la maison. J'ai un eshop, je vends ma petite production, j'ai une chouette communauté sur les réseaux sociaux .


Alors, tu vois Rozenn, c'est possible.


Oui. Mais avec quelques nuances cruciales.

 

S'offrir une 'Chambre à soi'


Alors que j'avais envie de tout jeter par la fenêtre et de démissionner illico presto (soyons francs) ; alors que je ne lisais que des livres sur la confiance en soi et comment la visualisation pouvait me permettre de me réaliser ; alors que je voyais sur les réseaux de plus en plus de personnes qui avaient tout plaqué pour créer leur marque et qu'elles renvoyaient une image de plénitude, je ne l'ai pas fait. En ce qui me concerne, avec mes 4 ans de recul, je suis maintenant contente d'avoir écouté cette toute petite voix fragile qui me disait : 'Attends, tu veux juste t'échapper. Attends, tu n'es pas prête. Attends, reconstruis-toi d'abord."


Alors, je me suis d'abord repliée sur moi-même, dans ma caverne. C'était vital pour redécouvrir qui j'étais. Je m'étais perdue de vue depuis des années. Dans cet isolement, je me suis écoutée, j'ai peu à peu entr'aperçu ce dont j'avais besoin ; je me suis reconstruite dans mon ombre, presque atome par atome.


Faire mon atelier dans ma cave m'a donné une excuse pour m'isoler. J'avais ce besoin vital d'un espace à moi, avec une véritable séparation physique. Un monde qui ne serait qu'à moi. Ni le bureau avec les collègues. Ni la maison avec ma famille. Mais une pièce à soi, où je suis juste Moi. C'était la première fois que je comprenais le sens du livre de Virginia Woolf 'Une chambre à Soi'.


Et malgré cette pièce à moi, rien n'a été agréable. Tout s'est fait dans la douleur. Jamais je n'ai autant eu le sentiment de perdre pied. D'être des millions de pensées contradictoires, d'être percée de toute part et de prendre l'eau jusqu'à étouffer. Je voulais juste avancer, avancer plus vite. Dans notre société actuelle, personne n'est préparé à cette lenteur forcée chevillée au corps comme une punition infernale.

 

Ne pas mettre sa santé en danger, même pour sa passion


Je dois bien avouer qu'elle me saoulait cette petite voix qui me disait d'attendre, et que plusieurs fois, j'ai franchi des étapes trop vite, juste pour me retrouver 3 pas en arrière. Comme, quand j'ai ouvert en commun mon premier atelier, qui je le savais, était trop loin de la maison, avec quelqu'un que je ne connaissais pas assez, mais c'était tellement grisant. Enfin, j'avais ce que j'avais toujours désiré : un lieu pour moi, pour me sentir vivante et libre, qui était beau et grand, et lumineux. Malgré les trajets incessants et fatigants, malgré les différends avec mon partenaire de l'atelier, je me disais que c'était le mieux qui pouvait m'arriver, que je n'aurais jamais une telle opportunité et que je n'avais pas le droit de tout gâcher. Que je devais être forte, et continuer.


Il m'a fallu prendre un mur pour me rendre compte que cette situation n'était pas ma chambre à moi, c'était celle de quelqu'un d'autre : en rentrant un soir, juste à côté de la maison, j'ai grillé une priorité de droite et ma voiture a embrassé à pleine bouche le 4x4 qui passait. Perte totale de ma voiture. Un gros choc émotionnel pour moi.


Aucune opportunité ne mérite qu'on aille dans un mur et que l'on mette notre santé en danger. Parce que si l'on conçoit que notre travail nous amène au burnout, il est encore plus compliqué de se dire que notre passion peut aussi nous desservir.


Alors, je suis retournée dans ma cave. Le lendemain, j'ai pris la décision de rendre les clés, payer les mois de préavis et rapatrier tout mon matériel dans mon garage. J'ai remis mes priorités sur la table : j'avais besoin d'un local à côté de la maison et que je pouvais payer seule. Il m'a fallu 2 ans 1/2 pour le trouver et ça n'a pas été facile de rester dans mon garage sans eau, sans fenêtres, froid, et franchement avec des odeurs d'égouts, mais c'était mieux que rien !

 

Le miroir aux alouettes


Mais je n'ai pas trop raconté tout ça sur les réseaux. J'ai continué à sourire, à faire 'comme si'. Comme les autres qu'on lit, qu'on suit, qu'on admire, on ne raconte que le beau, l'agréable, le succès, et on contribue, nous aussi, finalement à donner cette fausse image. On ne dit pas tous les échecs, toutes les graines semées patiemment, régulièrement, avec amour et la peur au ventre, toutes ces graines dont seulement 1% va prendre.


On ne raconte pas tous les 'non' au mieux, les absences de réponse au pire. Tous les tâtonnements et les doutes. Ce sont les marches arrière et les pas de côté qu'on danse le plus souvent. On marche en crabe, on se trouve ridicule alors pourquoi partager ?


Quand parfois, on fait des pas de géant, on les met en scène, on les habille de photos sur notre mur Insta, avec notre fierté bien placée, dans un désir de partage. Et fi des empreintes de fourmis et des miettes de Hansel et Gretel balayées sous le tapis.


On perpétue ainsi le cycle infernal qui nous a pourtant tellement fait de mal. Alors pour ça aussi, j'avais envie d'écrire. De raconter les échecs, d'éventuellement répondre à vos questions. Bref d'essayer de détricoter un peu cette vision si faussée. Alors dans les prochains posts, préparez-vous à une suite de gros doutes, faux pas et déconvenues 🙈, en mode, je ne cache rien !

 

Pour conclure


Si j'ai retenu quelque enseignement de mes expériences :

  1. Ne jamais prendre de décision épidermique : prendre le temps de la réflexion, en discuter, faire le point concernant son état de santé physique et mental, se faire accompagner.

  2. Ne pas se laisser aveugler par les histoires des autres : personne n'est nous, notre histoire est unique, nos circonstances et donc nos décisions aussi.

  3. La vie ne se résume pas à une opportunité : il y aura d'autres moments si ce n'est pas le bon.

  4. Tout a une temporalité, le bon comme le mauvais. Dans les moments difficiles, se raccrocher à cette idée qu'il y aura une date d'expiration. Dans les moments joyeux, les savourer au maximum.

 

Prochain post : Comment on se lance dans l'entrepreneuriat ? Rêves, doutes, questions et craintes.






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